Antoine-Tristan Mocilnikar (1966-2025) : Un rêveur méditerranéen au service de la France et de l’Europe

Notre ami Antoine-Tristan Mocilnikar, ingénieur général des Mines, s’est éteint à 59 ans dans la nuit du 30 au 31 août, laissant derrière lui un héritage d’humanisme, d’audace et de passion pour la transition énergétique.

Né à Jarny, ville de Lorraine connue pour ses mines de fer, issu d’une famille originaire de Slovénie, il a gravi les échelons de l’excellence académique avec une humilité rare. Polytechnicien, ingénieur du Corps des Mines, docteur en mathématiques appliquées à l’économie de l’environnement, il a servi l’État avec une passion inégalée, sans jamais se laisser enfermer dans les codes de l’élite.

Son parcours reflète une curiosité insatiable : du MIT à la Direction de la Prévision, de Vivendi à la Délégation interministérielle à la Méditerranée, il a exploré les enjeux énergétiques, numériques et géopolitiques avec une vision toujours tournée vers l’avenir. Conseiller énergie auprès du Délégué interministériel au Développement Durable, responsable des infrastructures numériques en Méditerranée, enseignant à SKEMA Business School, il a partagé son savoir avec une générosité qui le caractérisait.

Un réformateur au sein du corps des Mines

Dès les années 1990, Antoine-Tristan Mocilnikar s’est engagé pour moderniser le corps des Mines, un bastion de l’élite française souvent critiqué pour son immobilisme. Avec le Club Sancerre, il a porté une réflexion critique sur le rôle des grands corps de l’État, prônant une ouverture vers la société civile et une meilleure articulation entre service public et innovation. Ce mouvement, né dans un bistrot parisien, a rassemblé des ingénieurs, des économistes et des techniciens autour d’une idée simple : l’État doit être un acteur agile, au service de tous, et non une tour d’ivoire.

Son engagement pour une réforme du corps des Mines a marqué les esprits. Il a défendu l’idée que les hauts fonctionnaires devaient être des facilitateurs, capables d’écouter les acteurs de terrain, les entrepreneurs, les associations, et de transformer leurs idées en politiques publiques

L’Europe, une vision d’unité et de prospérité partagée

Marqué peut être par ses origines slovènes et son enfance à Jarny, sur les routes de l’Allemagne, Antoine-Tristan Mocilnikar a forgé très tôt une conviction profonde : l’Europe ne pouvait se construire qu’à travers l’unité et l’ouverture. En 1999, il incarna cette idée en coordonnant avec brio le rapport Charpin, commandé par le Commissariat Général du Plan. Ce travail fondateur, intitulé « L’élargissement de l’Union européenne à l’Est : des gains à escompter à l’Est et à l’Ouest », démontra que l’intégration des pays d’Europe centrale et orientale n’était pas un risque, mais une opportunité historique pour tous. À contre-courant des craintes de l’époque, Mocilnikar défendit l’idée que la croissance économique, le libre-échange et la coopération transfrontalière créeraient des gagnants des deux côtés du rideau de fer. Son approche, à la fois pragmatique et humaniste, soulignait que la cohésion européenne passait par une économie en transition, mais aussi par une solidarité renforcée.

Un rêve méditerranéen pour la transition énergétique

Au tournant des années 2010, il a été un artisan infatigable de la coopération méditerranéenne. Responsable Énergie, Infrastructures et Numérique à la Délégation interministérielle à la Méditerranée (DiMed), il a œuvré pour faire de cette région un laboratoire de la transition écologique. Pour lui, la Méditerranée n’était pas seulement une mer, mais un espace de dialogue, d’innovation et de solidarité entre les rives Nord et Sud.

Il a contribué à des projets concrets, comme le Plan solaire méditerranéen ou les interconnexions électriques entre les pays du Maghreb, tout en promouvant une vision où l’énergie, le numérique et l’hydrogène pouvaient devenir des leviers de développement durable et de paix. Son travail a montré que la transition énergétique ne pouvait se limiter à des objectifs techniques : elle devait aussi être un projet de société, inclusif et équitable.

L’aventure Peps : un think tank pour l’action

En 2017, Antoine-Tristan Mocilnikar et Hélène Peskine, alors Secrétaire permanente de l’agence ministérielle Plan urbanisme construction architecture, fondent Peps (Progres Environnemental et Progrès Social), un think tank, une plateforme réunissant des experts de tous horizons : économistes, ingénieurs, élus, techniciens, militants. L’objectif ? Formuler des propositions concrètes pour accélérer la transition énergétique et écologique, en plaçant les citoyens et les territoires au cœur de la stratégie.

Avec Peps, il a travaillé sur des sujets aussi variés que la fiscalité verte, la métropole post-carbone, ou encore la société hydrogène. Ses contributions ont nourri les débats publics et inspiré des réformes, toujours avec cette conviction : la transition ne sera réussie que si elle est porteuse de sens pour tous.

Un héritage d’humanisme et d’audace

Antoine-Tristan Mocilnikar croyait en la force des idées, en la nécessité de dialoguer, de rassembler, de construire des ponts entre les mondes académique, politique, économique et citoyen. Il a lutté avec courage contre la maladie, continuant à travailler, à réfléchir, à proposer, jusqu’au bout.

Son décès, survenu dans la nuit du 30 au 31 août 2025, laisse un vide. Mais son héritage reste vivant : une vision de la transition énergétique comme projet de société, une Méditerranée unie par l’innovation et la solidarité, et un État au service de tous, ouvert et audacieux.

Ses obsèques ont eu lieu le lundi 8 septembre, à 11h, en la cathédrale Saint-Louis de Versailles.

Merci à Nidam ABDI (*) pour cette magnifique nécrologie

(*) Consultant/Formateur/Editorial Director chez Territorial Challenges

4 septembre 2025

Groupe de réflexion politique, économique et sociale

Le G21 est un groupe de réflexion politique, économique, sociale et diplomatique qui se donne pour objectif d’éclairer l’expression du suffrage universel.

Il est ouvert à la diversité des opinions, à la seule condition d'être solidement argumentées.

Dans un contexte où l’activité des partis politiques semble avoir abandonné la réflexion de fond pour la seule tactique électoraliste, ses travaux (débats, publications, séminaires) contribuent à la vigilance qu'impose la pérennité de la vie démocratique.

Las ! pauvre France, helas ! comme une opinion
Diverse a corrompu ta premiere union !
Tes enfans, qui devroient te garder, te travaillent,
Et pour un poil de bouc entr'eux-mesmes bataillent,
Et comme reprouvez, d'un courage meschant,
Contre ton estomac tournent le fer trenchant.

Pierre de Ronsard