Les cartes viennent d’être rebattues
Juillet 2022

 

Rédigé le 30 juin 2021

Par Christian Despres

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I – Départ en vacances …

Juillet 2021

Les élections départementales et régionales n’ont pas voulu se plier au résultat programmé… Certes, on s’y attendait, l’abstention a été forte. Le fait qu’elle a atteint un record (66%) n’a globalement rien de perturbant. Ces élections étaient sans enjeux. Les électeurs, las de devoir à nouveau se soumettre à un protocole Covid pour déposer leur bulletin n’ont pas souhaité faire un effort supplémentaire pour seulement choisir qui allait décider pour les six années à venir la couleur des peintures des couloirs des collègues et lycées…
Que les régions ou départements soient de gauche ou de droite ne se traduit pas concrètement dans leur vie quotidienne. Il y a bien eu çà et là des réfractaires à la limitation à 80 des routes départementales, mais cela tient de l’anecdote.
Non, l’abstention massive à ces élections ne constitue pas un signal politique.*

En revanche, le fait que le RN-ex-FN n’en a pas tiré profit est un enseignement majeur. Le plafond de verre n’y est pour rien, on est dorénavant bien en dessous pour redouter de s’y cogner. En réalité, le parti qui était déjà l’objet d’une fêlure entre père et fille, entre partisans de l’un et de l’autre, entre activistes fidèles au poujadisme et à l’antigaullisme et ceux qui osent le voyage à Colombey… a révélé un état de décomposition intestin bien avancé. Non seulement la « leader » ne fédère plus, mais elle est sans dauphin du niveau escompté. Le père ne faisait pas non plus l’unanimité, mais il compensait par un incontestable charisme. La nièce n’est pas prête, et puis, qui peut penser que la solution relèverait de l’instauration d’une dynastie ?

Exit le RN-ex-FN. La cohésion de ce parti n’était fondée que sur un projet négatif. C’est insuffisant pour se projeter dans la durée. Le parti ne va pas disparaître pour autant, mais renouer avec une cote non-surfaite, retomber en deuxième division, inqualifiable pour un deuxième tour de présidentielle.

Nous voilà au cœur de la problématique : comment l’élection du futur chef de l’Etat, l’an prochain, se préfigure-t-elle dorénavant ?

On y trouvera très probablement le « sortant ». Pour lui aussi, les élections locales sont loin d’avoir été triomphales. Mais il sait faire « sans » et bénéficiera d’un minimum de prime au sortant. Il pourrait aussi renoncer, comme son immédiat prédécesseur. C’est un homme jeune qui, pour son plan de vie, doit être en mesure de se projeter au-delà de 2027. Il n’a plus rien à se prouver au plan personnel et fait preuve de ressources intellectuelles qui peuvent engendrer diverses passions.
Nous ne retiendrons pas cette hypothèse. Chef de l’Etat depuis 2017, c’est un projet cohérent, nonobstant tous ceux qui pourraient l’animer par ailleurs, que de chercher à le rester cinq années de plus.

Venons-en aux autres. Les partis traditionnels, restés ancrés dans les territoires, sont sortis ragaillardis du récent scrutin. Mais cela vaut surtout pour la droite. La gauche, historiquement bipolaire, ne parviendra pas à rééditer un nouveau « programme commun ». Elle fera campagne en ordre dispersé, sans leader charismatique. Sauf peut être le grand insoumis, mais aujourd’hui « cornerisé » ou considéré comme « hors jeu » par ses éventuels alliés. Parviendrait-elle à faire émerger un homme providentiel qu’il pâtirait tout de même de la division, ce qui l’empêcherait de se qualifier pour le face à face final.

C’est donc la droite qui a le vent en poupe. Trois présidents de régions ont réussi leur examen de passage. Il ne reste plus qu’à déterminer quelle sera leur place respective sur le podium. Cela n’exclut pas de vigoureux affrontements, mais a priori, l’affaire devrait se régler en famille.

Reste à envisager le cas du trublion, l’essayiste Z. L’expérience montre que ce type de candidature ne fait jamais long feu. Mutatis mutandis, cela peut rappeler l’épisode Coluche. Son intelligence politique peut lui faire espérer un nouveau scénario à la Macron : réussir sans l’appui d’un parti avec une stratégie innovante, fondée sur les médias, et sans craindre de manquer de financement.
La réalité risque d’être plus rude pour lui et le ramener à un rôle de figurant au seul premier tour.

II – Rentrée

Septembre 2021

Les français sont allés en vacance. Certes, ils n’ont pas pris de risques en s’abstenant d’aller à l’étranger – ce qui est bon pour la balance des paiements – mais ils n’ont pas subi de frustration quant à la possibilité de jouir de leurs congés payés.
Bref, ils reviennent plutôt en forme. Le variant Delta a pris de l’importance, mais celle-ci reste mesurée et contenue par un taux de vaccination suffisamment élevé.
Comme l’an passé, le gouvernement fait le pari de ré-ouvrir les écoles, bien accepté. Avec un protocole très allégé, presque imperceptible.
On ressent dans le pays une certaine embellie psychologique, et même économique avec une reprise de la consommation.
Peut être même que la vendange s’annonce bonne !

C’est dans ce contexte que le débat politique reprend de la vigueur, dans la perspective de l’élection présidentielle. La population n’y est pas indifférente car elle sait que c’est l’occasion d’évoquer les grands débats de sociétés. L’insécurité reste au premier plan, avec implicitement la question de l’immigration et celle des violences urbaines, générationnelles, intrafamiliales.
Ce fond de commerce est aujourd’hui disputé par tous, ou presque. Les écologistes persistent à le relativiser et misent sur leur mission sacrée qui est de protéger le monde et les générations futures du réchauffement climatique.
Le RN-ex-FN, lui, a perdu le monopole du (manque) de cœur. Le discours d’autorité est désormais capté par l’ensemble de ses concurrents, à l’exception on l’a vu de quelques verts.

La droite traditionnelle est bien placée pour gagner cette compétition qui ne contraste pas avec une certaine tradition gaulliste. Le général, qui en a tant vu, n’était pas hésitant sur certains hommes et certaines méthodes. Une des prétendantes à l’investiture du parti Républicain n’a jamais fait mystère de sa capacité à manier une main de fer. Probablement, avec de surcroit l’avantage d’appartenir au beau sexe, elle en tirera l’atout majeur qui lui permettra de s’imposer comme « la » candidate.

Dès lors, le décor paraît dressé :
– la droite historique est en ordre de marche, sous réserve de parvenir à taire es guéguerres internes ;
– la gauche est ailleurs et divisée ;
– le RN-ex-FN en perte de vitesse ;
– l’outsider Z anime la campagne mais ne fait pas recette.

Reste l’incertitude liée à la situation du président sortant.
D’aucuns pourraient faire l’erreur de le croire déjà décapité électoralement. Ce serait oublier la spécificité de l’élection présidentielle de la 5ème république française : un homme à la rencontre d’un peuple et d’un pays.
Cette rencontre, EM l’a réussie avec brio en 2017.
La même alchimie va-t-elle fonctionner une fois de plus ?
Les arguments se percutent :
– usure du pouvoir, mais réelle capacité à se régénérer ;
– capitalisation sur la bonne gestion de la crise Covid, mais rejet possible du dirigeant qui a conduit la bataille (effet Clémenceau / Churchill) ;
– profil d’intellectuel mal préparé à gérer les questions de sécurité, mais capacité insoupçonnée à faire preuve d’autorité.

Ce dernier point sera probablement déterminant. EM a montré qu’il avait su puiser son potentiel électoral à gauche, au centre à droite. Il devrait être capable à créer le doute au sein de l’électorat RN, désemparé, en prenant dans les derniers mois de son mandat des mesures très autoritaires.
Cette hypothèse devrait forcer la main aux Républicains dans le choix de leur candidat, comme on l’a vu ci-dessus. En cas d’erreur stratégique de leur part, la situation sera vite scellée.
A l’inverse, nous devons nous attendre à des joutes électorales très tendues, jusqu’au dernier moment.


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